Quel gouvernement pour la République tchèque ?

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Les élections anticipées avaient lieu en République tchèque le 25 et le 26 octobre. Le parti social-démocrate a remporté une maigre victoire et la Chambre des députés est devenue plus morcelée que jamais. Le pays va-t-il obtenir un gouvernement stable, lequel est tellement nécessaire ?

Un gouvernement de centre-gauche en perspective

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21/11/2013 - 15:55
Même si le parti social-démocrate (ČSSD) a fini premier lors des élections, son résultat est décevant. Il devra composer un gouvernement au sein d'une Chambre qui comprend sept partis politiques, annonçant des négociations difficiles, alors que personne ne veut de nouvelles élections.

Comme cela était prévu, la droite et notamment le premier parti du dernier gouvernement l’ODS a connu une défaite retentissante, tandis qu’en revanche le grand favori, le ČSSD, n’a remporté que 20,5% des voix. En fait, il s’agit d’une défaite des partis traditionnels car les nouveaux mouvements protestataires ANO (« oui ») et Úsvit (l’Aube) ont gagné presque un tiers des sièges.

Le PS en tête d’une future « tricoalition »

Les élections anticipées ont fait entrer à la Chambre des députés sept partis politiques, ce qui rend difficiles les négociations en vue d’établir une coalition, étant donné que les sociaux-démocrates disposent de seulement 50 députés. Aucun gouvernement ne peut émerger sans soutien des 47 députés du mouvement ANO du milliardaire Andrej Babiš, vainqueur factuel des élections. La seule solution qui semble réaliste étant donné toutes les antipathies réciproques est la coalition ČSSD + ANO + KDU-ČSL (démocrates chrétiens). De plus, le public, excepté les plus radicaux, soutiendra incomparablement mieux une telle coalition de centre-gauche plutôt qu’une coalition du PS avec les communistes (KSČM), ou bien un gouvernement minoritaire social-démocrate toléré par le KSČM, c’est-à-dire les solutions probables et même proposées avant les élections.

Un potentiel gouvernement minoritaire du PS qui aurait seulement 25% des sièges serait un jeu de hasard. Par contre, si PS, ANO et KDU réussissent à trouver un consensus avantageux pour eux, et selon plusieurs politologues dont Vladimíra Dvořáková, professeur à l’Ecole supérieure d’économie de Prague, il n’y a pas de raison majeure qui l’empêcherait, la « tri-coalition » disposant de 111 députés a vocation à être relativement stable et à bien fonctionner : « Il est sûr que s’il y a la volonté, les partis vont se mettre d’accord pour former une coalition. Faire de la politique, c’est surtout faire des compromis. »

La position du chef du PS renforcée après le putsch

Bohuslav Sobotka a longtemps été le nº2 du PS. Il était toujours perçu comme un magistrat, le premier à l’école, mais un leader faible « qui est né au Parlement ». Il est à la tête du parti depuis 2010 mais il semble qu’il a finalement mûri et est devenu un politicien capable de faire un bon discours et de mobiliser les foules, ce qui a démontré après la tentative de putsch interne au PS entreprise par l’aile fidèle au président Zeman – Michal Hašek, Jeroným Tejc et Zdeněk Škromach, qui voulaient l’éliminer en tant que principal responsable du mauvais résultat aux élections. Toutefois, il est sorti vainqueur de l’épreuve avec le soutien absolu de l’ensemble des 14 régions du pays, ce qui a obligé les « putchistes » à démissionner de leurs fonctions au PS. Dans les sondages sur la popularité des hommes politiques, Sobotka occupe depuis longtemps une place au-dessus de la moyenne et d’après un sondage récent, un tiers des Tchèques le veulent au poste du premier ministre (Babiš est deuxième à 16%. Source : Télévision tchèque).

Une nécessité de clarification des questions clés

Le PS et ses partenaires potentiels doivent trouver un consensus qui ne sera pas facile, puisque chacun veut réaliser son programme. Même si ANO a déclaré que son programme coïncidait à 80% avec celui du KDU et à 61% avec celui du PS – ce qui représente un point de départ solide – il y a des points de discorde. Ce sont surtout les restitutions de biens confisqués aux Eglises sous le régime communiste qui créent un désaccord; il s’agit d’un sujet logiquement très sensible pour le parti chrétien ainsi que pour le PS qui a construit sa campagne d’une manière populiste sur la réouverture de la question des restitutions déjà ratifiées (et majoritairement rejetées par le public) et ne peut donc pas trahir ses électeurs. ANO était plutôt neutre sur ce point mais Andrej Babiš a récemment admis la possibilité d’une réouverture du débat. La politique fiscale constitue le deuxième obstacle à cette tricoalition. Le PS a promis de réintroduire un système progressif et d’augmenter les impôts aux entreprises. ANO et KDU strictement refusent ce dernier, mais un compromis se montre cependant de plus en plus probable.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

Le résultat des élections ne promet pas de gouvernement stable

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21/11/2013 - 15:55
Ces élections ont été attendues avec l’espoir que la République tchèque obtienne un gouvernement fort s'appuyant sur une large majorité parlementaire - ce qui n'est pas le cas du gouvernement d'intérim actuel, sous l'égide du président Zeman. Le chemin vers une majorité gouvernementale sera cependant encore long.

Après avoir passé sept ans à l'opposition, le PS tchèque (ČSSD) s'attendait un résultat supérieur à 30%, ce que les sondages annoçaient encore en été, mais il n'a pas réussi à gérer la fin de la campagne et il a été puni pour ses discordes intérieures. Il aura toutefois la possibilité de composer le gouvernement.

La faible personnalité du probable futur premier ministre

Le leader des sociaux-démocrates Bohuslav Sobotka n'est pas une personnalité forte qui serait capable de diriger les autres en leur imposant sa propre volonté. Le putsch récent au sein du PS mené par l'aile fidèle au président Miloš Zeman, qui visait à l'élimination politique de Sobotka sous prétexte d'un résultat faible aux élections, témoigne clairement de l'incapacité de la tête du parti à diriger efficacement ses subordonnés. Certes, le putsch s'est terminé par une victoire assez décisive de l'aile de Sobotka, parce que les acteurs principaux du putsch Michal Hašek, Jeroným Tejc et Zdeněk Škromach ont démissionné. Néanmoins, cet événement montre clairement que Sobotka serait un premier ministre faible et que son gouvernement manquerait d’une direction ferme.

Ce putsch a profondément discrédité la position du PS vis-à-vis de son électorat et des autres partis politiques en ce qui concerne les futures négociations. De plus, le putsch ne montre pas seulement la faiblesse politique de Sobotka, mais il témoigne également de la division profonde du PS : l'aile de Bohuslav Sobotka fait pour le moment figure de vainqueur, mais l'aile fidèle au président Zeman n'est pas à sous-estimer. Par conséquent, tout gouvernement comprenant les sociaux-démocrates sera exposé à l’influence du Château de Prague (le président Zeman) par intermédiaire de l'aile fidèle au président.

L’émergence des nouveaux partis imprévisibles

Deux nouveaux partis politiques se sont installés à la Chambre basse après les élections récentes : ANO 2011 et Úsvit. Les deux partis ont plusieurs caractéristiques semblables : il s'agit de groupements politiques dirigés en grande partie par un seul homme – un riche entrepreneur (Andrej Babiš pour ANO 2011, Tomio Okamura pour Úsvit), sans programme clairement défini, qui ont réussi à gagner les suffrages grâce au mécontentement général d’une société dégoûtée par la politique et grâce au support d'un électorat très varié, consistant en presque tous les pôles du spectre politique. En fait, leur comportement futur sera difficilement prévisible, ce qui est susceptible de modifier l'équilibre de la majorité parlementaire, diminuant ainsi la stabilité d'un futur gouvernement. Comme ces deux partis sont composés de membres ayant des opinions assez distinctes, ils sont particulièrement susceptibles de « déserter » comme c’était le cas des VV (Affaires publiques) après les élections de 2010.

Des risques liés à la participation des communistes

Les sociaux-démocrates sont en train de mener un dialogue interne sur la viabilité de la « Déclaration de Bohumín » qui interdit au PS la coopération avec le parti communiste (KSČM) à tous les niveaux. Une grande partie des membres, y compris Bohuslav Sobotka, voit dans cette déclaration déjà usée et obsolète un vestige du passé qui n’a plus de sens. Or, la coopération du PS (et aussi d’autres partis démocratiques) avec le KSČM avait déjà eu lieu plusieurs fois au niveau régional. Les risques liés au retour potentiel des communistes au gouvernement sont toujours forts, puisque le parti ne perd pas ses électeurs mais qu’au contraire il devient de plus en plus puissant. Un gouvernement avec les communistes ne signifierait en aucun cas le retour du rideau de fer, mais une telle constellation remettrait complètement en cause tout le développement démocratique effectué après novembre 1989 et enverrait un signal négatif aux investisseurs étrangers et à l’UE.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

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