La République tchèque devrait-elle rejoindre la Zone Euro?

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« Adopter ou ne pas adopter l’Euro, telle est la question ». Ce sujet est souvent discuté en République tchèque, encore plus aujourd'hui après les récentes élections législatives et présidentielles, où chaque candidat et chaque parti ont pris position sur une éventuelle adoption. Quels seraient les avantages et les inconvénients de rejoindre la Zone Euro pour la République tchèque ? Lisez l’analyse d’un expert, Mojmir Hampl – vice-gouverneur de la Banque nationale tchèque, et celle de Martin Blaha - un étudiant des Relations Internationales et des Sciences Politiques.

L’euro, un choix irrationnel pour la République tchèque

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28/06/2018 - 23:00
Vivant sans l’euro, la République tchèque ne met pas la main à la poche. Au contraire : hormis de nombreux débats et des tensions parmi la population tchèque, sa décision de ne pas utiliser euro s’est avéré être un bonus économique et donc son rejet doit être préservé.

La Couronne tchèque ou koruna, comme on dit en République tchèque, a été utilisée avec succès depuis 1993 et elle se démarque par une stabilité tout à fait unique en Europe centrale et Europe orientale. Contrairement à l’Euro, dont l’adoption a entraîné une chute du PIB (produit intérieur brut) réel moyen dans tous les pays membres de la Zone Euro, la Couronne ne présente pas un tel risque. Par rapport à l’Euro, peut-être plus que jamais, il est temps pour nous d’admettre que nous ne sommes pas assez riches pour pouvoir répéter les erreurs des autres. Nous en faisons déjà assez.

« Nul besoin de réparer ce qui n'est pas cassé. »

La raison principale pour laquelle les Tchèques devraient garder la koruna est parfaitement exprimée par ce sage adage parce que la politique monétaire de la République tchèque n’a tout simplement pas besoin de réparation. Depuis 1998, la Banque nationale tchèque (CNB) utilise un cadre annexé sur l’inflation pour piloter sa politique monétaire avec un succès notable. D´après la CNB, prévoir les anticipations d’inflation pour garantir la stabilité des prix est la meilleure façon de favoriser l’investissement robuste et de soutenir la croissance économique durable. Une conséquence bienvenue de la faible inflation a été une appréciation réelle - comme l'indique la convergence économique avec les pays d'Europe occidentale - qui s'est traduite, du moins nominalement, par un taux de change avantageux.

Un autre avantage de la stabilité des prix à long terme fut un faible niveau des taux d’intérêt nominaux. Ainsi, le marché intérieur n’a eu aucune raison de solliciter des prêts en devises étrangères - ce qui, ces dernières années, a causé tant de peine et de mécontentement public dans les autres pays du groupe de Visegrad.

Un avantage de la politique monétaire autonome

En fait, les développements de ces dernières années ont seulement renforcé l’idée qu’une politique monétaire autonome, si bien maîtrisée, est un avantage. Il suffit de comparer la République tchèque et la Slovaquie. Dans ces deux pays, l’autorité compétente de la politique monétaire a atteint la limite inférieure du taux d’intérêt nominal. Toutefois, l’autorité tchèque (la Banque nationale tchèque), à la différence de celle de la République slovaque (la Banque centrale européenne), était capable d’utiliser le taux de change entre la monnaie nationale et l’euro comme un instrument de politique monétaire supplémentaire dont le but était d’éviter la déflation et de ramener l’inflation à la cible (c’est-à-dire au niveau des prévisions).

Il va sans dire que l’évolution des prix réels était impressionnante en raison des changements de la politique intérieure, tels que les changements de taxes indirectes, ou en raison de chocs venant de l’étranger, tels que les fluctuations du prix du pétrole. Mais ceci sera toujours le cas pour une petite économie ouverte, peu importe qui détermine les conditions monétaires nationale.

Les chiffres plus éloquents que les promesses

Pour résumer, la politique monétaire de la CNB semble avoir gagné beaucoup de crédibilité. En effet, une enquête menée en avril 2015 a montré que près de 70% des Tchèques sont plus ou moins contre l’adoption de l’euro. En plus, les résultats récents des élections parlementaires et présidentielles ont prouvé que l’euro agit comme un tueur infaillible de votes et de soutien. Ce sentiment général est aussi accompagné par des actes ; malgré sa proximité géographique et des liens commerciaux étroits avec la Zone Euro, le degré de pénétration de l’euro au sein de l’économie tchèque est - en comparaison avec la Pologne et la Hongrie - faible et ne se développe pas.

Alors même que le soutien pour partager la monnaie avec d’autres pays européens était une démonstration des « bonnes manières de la classe supérieure » pendant des décennies, aujourd'hui, c'est plutôt un acte de courage dans cette communauté. En plus, dans la période allant de 1999 à 2015, la croissance moyenne du PIB (produit intérieur brut) des pays de l’UE (Union européenne) hors de la Zone Euro était 2,48 % - la Grande-Bretagne inclus - tandis que celle des membres de la Zone Euro n’atteignait que 1,67 %. Malheureusement, il n’y a pas d’exemple de pays européen ayant accepté l’Euro comme monnaie nationale, dont le PIB ait augmenté. On peut résumer ainsi que la Zone Euro était jusqu’ici un destructeur de richesse plutôt que son générateur. Et il n’y a aucune cause raisonnable de croire que l’avenir sera différent.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

Refuser l’Euro, c’est perdre tout avenir européen

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Translator
28/06/2018 - 23:00
L’adoption de l’Euro est un sujet souvent discuté, plus encore au cours de la période des élections. Les Tchèques sont allés aux urnes deux fois dans ces 6 derniers mois - pour les élections législatives et les présidentielles. Je crois fermement que l’avenir de la République tchèque devrait être liée à l’adoption de l’Euro - au moins en Europe, une monnaie universelle devrait être un objectif à suivre.

Tout d’abord, la question ne devrait pas être de savoir si la République tchèque devrait ou ne devrait pas accepter l’Euro comme sa monnaie. La République tchèque s’est officiellement engagée à rejoindre la Zone Euro en 2003, en signant le Traité d’adhésion et en rejoignant l’Union européenne. La seule chose qui nous empêche de se convertir à l’Euro est le fait que nous ne respectons pas actuellement les critères de convergence de l’Euro (également connu comme les critères de Maastricht). Alors, plutôt que de se demander si la République tchèque devrait accepter l’Euro comme monnaie, nous devrions nous demander quand cette adoption aura-t-elle lieu ? Cependant, la majorité des Tchèques s’oppose à ce changement, alors je crois que je me dois de mettre en évidence certains avantages que l’Euro va conférer à la République tchèque.

Un pas en avant dans l’intégration européenne

Permettez-moi de commencer en disant que, bien sûr, l’Euro n’est pas complètement sans faille. Mais dans cet article, je vais mettre en évidence les aspects positifs. Lorsque la République tchèque enfin accepte l’Euro, notre position sur le marché européen va considérablement s’améliorer. Les transactions internationales seront plus rapides et généralement plus faciles. Pour comparer les prix des articles, les citoyens ordinaires n’auront plus besoin d´aller sur google, chercher la valeur actuelle de la Couronne tchèque et d’utiliser une calculatrice. Voyager à l’étranger sera également beaucoup plus simple lorsqu’on n’aura pas besoin de changer des devises.

Un outil essentiel pour la prospérité

En tant que membre de la Zone Euro, la République tchèque sera capable de co-décider et d’influencer la politique monétaire de la Zone Euro. Pour souligner les résultats positifs liés à l’adoption de l’Euro, jetons un œil sur la République slovaque. Lorsqu’ils ont accepté l’Euro, ils ont facilement surmonté la crise économique, leur économie a commencé à prospérer et les citoyens ne sont pas devenus plus pauvres comme certains l'avaient prévu.

La République fédérale d’Allemagne est le plus important partenaire de la République tchèque sur le marché international. Il serait logique d’utiliser la même monnaie. Chaque échange commercial serait alors beaucoup plus facile et aussi moins cher. Les exportateurs comme les importateurs pourraient gérer des dépenses beaucoup plus petites, car ils n’auraient pas à craindre le changement des taux de change. Pour la même raison, les investisseurs tchèques pourraient investir plus facilement tout autour de la Zone Euro. L’adoption de l’Euro contribuera également à faire baisser les taux d’intérêt - signifiant que si vous prenez un prêt, vous n’aurez pas à rembourser autant d’argent comme avec la Couronne tchèque.

Tenir sa promesse...

Pour conclure, je crois que la République tchèque devrait tenir la promesse qu’elle a faite il y a 15 ans et faire tout ce qu’elle peut pour accepter l’Euro comme monnaie dès que possible. Réaliste, cependant, la République tchèque ne va pas rejoindre la Zone Euro de sitôt. Toutefois, il faut que cela devienne l’objectif dont elle commence à s’approcher immédiatement. La seule barrière énorme entre l’Euro et la République tchèque est l’opinion publique qui n’est pas favorable. Je crois que certains hommes politiques prennent une position anti-Euro pour marquer des points de bonus gratuit avec le public, et n’ont donc rendu l’aversion contre l’Euro que plus forte. Mais cela est un autre sujet, pour un autre moment.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

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