Emmanuel Macron : quelles sont ses chance pour 2017 ?

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Dans cette campagne présidentielle plus qu'inédite, les rebondissements n'en finissent pas. Et l'un d'entre eux a eu lieu avec la candidature d'Emmanuel Macron, candidat atypique en raison de son parcours, sa modernité affichée et son positionnement sur le clivage gauche/droite. Le candidat, ancien banquier et ministre de l'économie dans le gouvernement de M. Valls, fondateur du mouvement En Marche !, constitue même pour certains l'incarnation d'un paysage politique renouvelé, prêt à s'adapter au monde d'aujourd'hui. En revanche, le flou de ses propositions et son manque de positionnement pourraient lui être préjudiciables.

La bonne étoile d’Emmanuel Macron

23/02/2017 - 21:33
Inconnu en politique il y a 3 ans, de gauche et de droite, sans programme… Mais qui est donc Emmanuel Macron? Certains en viennent à le qualifier "d’OPNI" (objet politique non identifié). Désormais crédité de plus de 20% de votes, Emmanuel Macron est l’un des trois noms qui circulent aujourd’hui pour le second tour de 2017. Tandis que certains voient en lui un vilain ballon qui ne manquera pas de se dégonfler d’ici quelques semaines, d’autres le placent en favori.

Que ce soit l’élection de Fillon à la primaire de la droite, l’éviction de Valls à la Belle Alliance populaire, les scandales politiques qui n’épargnent que les plus chanceux… il n’y a pas une seule semaine sans qu’il n’y ait un énième rebondissement inespéré. Au beau milieu de tout ce marasme politique, Emmanuel Macron semble tracer tranquillement sa route, à tel point que sa silhouette file maintenant dans les sondages et atterrit doucement à la deuxième place. Bien qu’il faille prendre ces chiffres vagues avec de très grosses pincettes – Hilary en pleure encore –, ils témoignent néanmoins d’une certaine dynamique: même si certains de ses propos sur la colonisation et sur la Manif pour tous sont très mal passés: auprès de certains, il demeure bien placé. Le pari n’était pas gagné d’avance: malgré quelques discours ou démonstrations de force qui donnent de grandes directions et quelques idées qui séduisent une part des électeurs, en témoignent les afflux à ses discours de Lyon (8.000 dans la salle et 8.000 dehors) et à Porte de Versailles (15.000), ce qu’il ferait une fois Président demeure flou aux yeux de l’opinion publique, bien qu’il soit aisé d’identifier deux grandes lignes: social-démocratie et europhile.

Cependant, peu à peu, les curieux laissent leurs places aux convaincus et aux adhérents d’E.M.: les cadres du mouvement se permettraient même de revendiquer à ce jour un peu moins de 200.000 adhérents, chiffre qui serait gonflé depuis le lancement d’EM selon le Canard Enchaîné. Ainsi, "OPNI" ou non, Macron séduit. On pourrait appeler cela un tour de force en politique. Avec des pays qui semblent de plus en plus repliés sur eux-mêmes et qui prônent le conservatisme (le fameux combo Trump/Brexit), Macron est celui qui incarne le plus l’ouverture et le dynamisme, notamment du fait de sa relative jeunesse (39 ans) mais aussi par ses idées. Bien qu’on soit très loin de sa "Révolution", qu’il propose des mesures plus classiques qu’extraordinairement originales, qu’il soit plus proche d’une forme de modernité que d’un réel renversement de table, les quelques mesures qu’il a déjà égrenées plaisent à une partie de l’électorat français: inciter la contribution à l’économie réelle (transformation de l’ISF en une taxe sur la rente immobilière), allègement des charges patronales pour les bas salaires, transformation du système d’allocation chômage (nationalisation de l’UNEDIC), poursuite de la transition énergétique, recherche d’une meilleure efficacité éducative au primaire et à l’université (sélection en master), donner plus de poids à l’UE (augmentation du budget, création d’un gouvernement économique et surtout, l’idée la plus originale, organisation de conventions démocratiques pour établir un projet d’Europe politique), faciliter l’accès à la culture (carte culture de 500€ aux 18 ans de chaque Français)… En bref, beaucoup d’idées, qui touchent à tous les domaines du pouvoir de l’Etat mais dont les deux grands pans sont l’économie et l’UE.

Un "alignement de planètes" fragilisé?

On pourrait aussi appeler cela un "alignement de planètes". En effet, tout est favorable à la candidature "originale", avec un François Fillon qui clame une innocence légale mais une culpabilité morale auxquelles plus grand monde ne croit vraiment, à en voir sa campagne difficile, avec un Bayrou qui ne tient personne en haleine avec sa possible candidature, avec un Jean-Luc Mélenchon qui ne décolle pas et se cogne la tête à la barre des 13%, et un FN qui est solide au premier tour mais qui s’effondrerait au second tour. Sa force repose tout autant sur ses idées que sur la faiblesse des concurrents! De même, son terrain de chasse pour les électeurs est on ne peut plus grand: avec un Hamon qui incarne la gauche de la gauche et un Fillon qui parle surtout à la droite de la droite, l’espace est diablement large. Par conséquent, Emmanuel Macron, à défaut d’être certain d’avoir son ticket pour le second tour, occupe aujourd’hui un rôle primordial dans la campagne, rôle primordial qu’il semble gâché: ses avis sur la colonisation, "un crime contre l’humanité", et sur les "humiliés de la Manif pour tous" n’ont pas du tout plu. Ceux-ci ont même amorcé une lente baisse dans les intentions de votes; cependant, la polémique ne risque guère de durer, non pas qu’elle soit peu importante, mais seulement parce que les scandales des emplois fictifs de LR et du FN occupent bien plus l’espace médiatique, et l’occuperont bien plus longtemps.

D’ailleurs, il ne fait nul doute que les cerveaux de la communication de Macron, jusque-là très bons, sont en pleine surchauffe pour tordre le coup à la polémique. Le véritable danger pour Macron et qui risque de fragiliser l' "alignement de planètes" est certainement Benoît Hamon, qui revient du bout du monde pour mener une campagne efficace. Bien que l’alliance entre Mélenchon et lui ne soit qu’un pétard mouillé, Hamon bénéficie exactement du même avantage que Macron, à savoir des bras cassés en guise de concurrents. De plus, avec le revenu universel comme leitmotiv, lui aussi incarne une forme de modernité, dont Macron espérait avoir le monopole.

Ainsi, il est évident qu’Emmanuel Macron a des chances, mais aussi quelques cailloux dans les chaussures. Il est bien trop tôt pour anticiper son véritable rôle lors du 1er et 2nd tour. Vous auriez posé la question des chances de François Fillon à la présidentielle à n’importe qui il y a quelques semaines, il vous aurait expliqué qu’il était quasiment certain de devenir président. Comme quoi…

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

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