Brexit: début d'un effet domino?

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Est-ce que l’Europe perdra le Royaume Uni ? A l’approche du référendum du 23 juin, tout le monde a déjà fait son pari. Mais peu de gens osent imaginer ce qui se passera sur le reste du continent en cas de la réalisation du scénario de sortie.

L’Union restera unie même sans le Royaume Uni

06/06/2016 - 15:15
Le statut du Royaume au sein de l’Union européenne est particulier. Sa sortie de l’Union le serait également. Il est peu probable que le Brexit devienne réalité, et même si ce scénario se réalisait, il serait trop fantaisiste d’imaginer un démembrement complet de l’Union.

Depuis sa création, l’Union européenne a toujours fait marche avant et jamais arrière. Les différents traités et les élargissements ont été conçus pour empêcher aux Etats membres de sortir de l’UE, malgré qu’il y ait toujours eu une telle possibilité. C’est le but de l’UE finalement, celui de rendre les pays européens toujours plus interdépendants afin d’éviter des conflits en son sein. En fait, l’Europe n’a jamais connu autant d’années consécutives de paix. Cette interdépendance est aux centre de plusieurs traités de l’UE (ceux sur la zone euro et l’espace Schengen) malgré que les trois ne soient pas partagés de la même manière par tous les pays membres de l’UE. Le Royaume Uni, par exemple, fait partie de l’UE, mais pas de la zone euro ni de l’espace Schengen, au contraire de la France et de l’Allemagne qui sont adhérents aux trois accords.

Le point où on se trouve aujourd’hui est l’aboutissement d’une volonté politique transnationale qui a perduré pendant plusieurs décennies dans le seul but de créer un pays européen. Donc, malgré le référendum du 23 juin 2016, il est fort improbable que les anglais votent « Oui » et que, dans le cas où ça arriverait, le référendum devienne réalité.

Des enjeux bilatéraux non négligeables

La Grande Bretagne a toujours gardé une certaine autonomie face à la CEE (Communauté économique européenne), à la CE (Communauté européenne) et à l’Union européenne depuis qu’elle a rejoint ces trois communautés. Autonomie sur le plan politique, toujours en gardant un certain contrôle sur ses propres frontières, mais surtout autonomie économique ayant de son côté les anciennes colonies. Cependant, le premier « pays » vers lequel le Royaume-Uni exporte est l’Union européenne (UE). Dans le cas d’un Brexit positif, les experts nationaux et internationaux sont incapables à ce jour de se prononcer d'une seule voix sur les conséquences économiques.

En fait, le problème principal est l’existence de deux courants fortement opposés qui n’ont aucun point en commun : pour certains, la sortie du Royaume-Uni serait une catastrophe politico-économique mais pour d'autres, une « mise à jour » qui redonnerait la foi dans l'Union européenne. Du côté de l’UE, on perdrait « une des plus importantes places financières au monde, le premier partenaire diplomatique des États-Unis en Europe ainsi que l'un des seuls Etats européens entretenant une armée régulière conséquente ». Mais du côté du Royaume-Uni, on pourrait détériorer les relations avec le gouvernement écossais, qui a déjà fait un référendum séparatiste et qui pourrait donner lieu à un « Scotexit », en laissant le Royaume-Uni en Royaume-désuni, pour la première fois depuis 1800 (Acts of Union 1800). N’oublions pas non plus les indépendantistes de l’EIRE…

Un effet domino très improbable

L'ancien premier ministre Tony Blair, interviewé à Europe1 sur le Brexit a ainsi répondu : "Il y a de bonnes raisons stratégiques et économiques de rester en Europe" en ajoutant que le Brexit serait "extrêmement grave pour la Grande-Bretagne". Dernièrement, les places financières anglaise et allemande, respectivement London Stock Exchange et Deutsche Borse, ont décidé de fusionner, en créant ainsi la place financière la plus puissante et la plus grande d’Europe. Cela est un accord, certes au-delà de l’UE, qui éloigne encore plus un possible aboutissement du Brexit, comme aussi le possible effet domino sur les autres pays.

Plusieurs journalistes « fantaisistes » ont même décrit l’emplacement de l’effet domino à niveau européen où dans la Péninsule bretonne il y aurait trois, voire quatre (avec le Pays de Galles) pays, l’Espagne serait divisée, la Grèce et la République tchèque hors UE et l’Italie réduites à une République fédérale, si non séparée en deux selon la Lega Nord. Est-ce qu’une telle vision est réellement envisageable ? Je ne pense pas, même dans les pires cauchemars.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

Le début d’une décomposition politique

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06/06/2016 - 15:15
D’abord le Grexit, puis le Brexit. La sortie d’un Etat membre de l’Union européenne fait l’actualité chaque été. L’Europe aurait du mal à résister à la crise causée par une ouverture réussie de la boîte de Pandore.

Le 19 février dernier, l’Union Européenne a évité la pire catastrophe de sa jeune histoire politique. Le bras de fer entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni, entre François Hollande, Angela Merkel et David Cameron, entamé depuis plusieurs mois, voir même années, s’est soldé par un match nul où l’Union à été sauvée. Mais à quel prix ! Nous avons ouvert la porte à d’autres pays souhaitant voir leur situation évoluer, et dans le meilleur des cas nous allons créer une Europe à la carte, à deux vitesses, comme si, il y a 28 ans « I want my money back » avait été un séisme, et que le tsunami frappait l’Europe au delà de la Manche…

Les revendications britanniques, bien que calmées par cet accord, ne doivent pas masquer une réalité : 53 % des britanniques sont favorables à une sortie de l’UE, et ces revendications ne vont pas s’effriter dans le temps, poussant d’autres pays vers une renégociation de leur position et de leurs engagements.

Le poids du Royaume Uni

Certes le Royaume Uni n’est pas un des Etats fondateurs, mais il est un pilier dans l’Union européenne. Seule vraie alternative à la ligne Paris-Berlin, une sortie de la Grande-Bretagne de l'Union renforcerait donc l'autorité de l'Allemagne sur le continent. La France ne pourrait sans doute pas compter sur des pays comme l'Espagne et l'Italie, plutôt mal en point, pour jouer le rôle d'allié diplomatique de poids.

Le Royaume Uni reste une nation centrale dans l’Union européenne, de part sa longue présence (1973) d’une part et par l’importance de son économie d’autre part. Il reste un contributeur majeur au budget de l'Union européenne. Avec 17 milliards d'euros en 2013, il est le quatrième contributeur, derrière l'Allemagne, la France (23 milliards), et l'Italie. Sur un budget total de 135 milliards d'euros, la Grande-Bretagne prend donc environ 12% à sa charge. Churchill avait appelé aux « Etats Unis d’Europe » et maintenant Cameron, mais plus particulièrement l’aile droite des Tories et Ukip, force l’échec de l’Europe. Si les britanniques se retirent, l’Union européenne en souffrira à coup sur.

Économiquement parlant, c’est un saut dans l’inconnu : « La seule certitude d'une sortie (de l'UE), c'est l'incertitude », avance le leader britannique. De nouveaux accords bilatéraux seront à renégocier et de nombreux emplois liés au commerce au sein de l’Union européenne seront détruis. Cependant, retrouver une plus grande indépendance est semble-t-il une motivation suffisante pour une sortie, dont les conséquences nous sont encore inconnues. Si le Royaume Uni sort, il peut entraîner avec lui d’autres pays de l’Union, déçus de l’Europe aussi bien économiquement que politiquement. Et ce n’est pas n’importe quel pays, c’est un pilier d’une maison qui se retire, et la menaçant de s’écrouler…

D’autres pays motivés par de nouvelles conditions

Le Brexit n’est pas seul. L’année dernière, l’Union s’est une fois encore sauvée devant un Grexit. Déjà en 2010, puis en 2012, cette question avait été soulevée. En 2015, l’échec de nouvelles négociations remettait cette possibilité en jeu dans la politique européenne.

Cependant, la question a évolué. La nouvelle problématique de la crise migratoire et le lourd fardeau qui y est lié que la Grèce supporte tant bien que mal, rendent à nouveau le Grexit possible, non seulement économique, mais aussi politique. Le Brexit pourrait pousser Alexis Tsipras à renégocier la place de son pays, voire même sortir purement et simplement de l’UE. La Grèce n’est pas le seul pays. L’Autriche, la France, l’Italie sont eux aussi confrontées à une volonté, portée par des partis d’extrême droite anti-européens, d’un retrait de l’Union Européenne.

Mais pour les eurosceptiques, la Grande-Bretagne est au contraire un allié de poids contre les projets de "super-Etat". "La Pologne est extrêmement irritée contre l'Union européenne. En cas de Brexit, elle risque de réclamer à son tour un nouvel accord", explique Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque. Depuis leur victoire aux élections législatives en octobre, les conservateurs polonais entretiennent une crise ouverte avec les institutions européennes. Ils ont exprimé à nouveau leur refus de la monnaie unique. Alors après le Brexit, le Poloxit ? Le Brexit pourrait avoir un effet domino en entraînant ces autres pays à revenir en arrière.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

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