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L'affaire Gorila : un bouleversement de la scène politique slovaque ?

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Le rapport Gorila, témoignant de la corruption entre les élites politiques et économiques a suscité beaucoup de passions dans la société civile slovaque. Gorila, saura-t-elle déclencher un réel renouvellement des élites politiques ? Ou sera-t-elle simplement balayée sous le tapis ?

Gorila, un animal inoffensif envers les hommes politiques slovaques

Adam Kundrat | 2013. Janvier 25. 14:19

Depuis Noël, la scène politique slovaque semble touchée par des informations sensibles sur la corruption dans les plus hauts lieux. Cependant, vu l'implication de la plupart des hommes politiques à travers le spectre partisan, un renouvellement des cadres reste peu concevable. Un mécontentement de la population risque de ne pas y avoir une influence.

[tip:Gorila=Le document – un rapport des services secrets slovaques, est appelé selon le nom de l'outil informatique utilisé pour la réalisation des écoutes], le document dévoilé sur Internet avant Noël, qui accuse des hauts représentants politiques et économiques de la corruption importante et de la privatisation manipulée au profit du groupe financier Penta, n'est certainement ni la première et, malheureusement, ni la dernière affaire de corruption en Slovaquie. Au plus haut niveau, des soupçons étaient toujours multiples, mais on n'a jamais eu de résultat tangible – comme un responsable qui aurait été déclaré coupable et emprisonné.

*La quête difficile et longue de la vérité

L'authenticité de l'action appelée Gorila et effectuée par les services secrets slovaques, ainsi que du document homonyme est confirmée, cependant, des doutes persistent. Ce n'est pas la forme qui pose des problèmes, mais plutôt le contenu ou bien les faits décrits dans ce rapport. Puisqu'il s'agit des transcriptions des entretiens, les paroles ne suffisent pas pour prouver la corruption. Il serait donc très difficile de trouver des preuves indéniables. De plus, presque tous les partis principaux sont mentionnés dans le document comme les acteurs directs ou indirects ; l'ancien Premier Ministre Dzurinda ainsi que le leader de l'opposition Fico y figurent. Une nouvelle enquête profonde est plus que [tip:nécessaire=Une nouvel équipe vient d'être récemment constituée et par le procureur général et par le ministre de l'intérieur], même si la police ainsi que le procureur en ont déjà mené plusieurs sans résultat, sans conclusion – sachant que le document existe déjà depuis 2006. Ces échecs sont dus au manque de volonté d'un côté de la police, de l'autre côté des services secrets pour coopérer : cette situation devrait apparemment changer d'ici peu de temps grâce à la médiatisation et aux nouveaux faits. D'aucuns peuvent se demander s'il n’existerait pas une motivation pour balayer cette affaire sous la table. Le ministre de l'Intérieur parle même d'un accord tacite au sein de [tip:l'élite politique=Daniel Lipšic dans l'interview pour le journal SME, le 25/1/2012] : des grandes affaires ne devraient être jamais élucidées. Vu les résultats des enquêtes précédentes, la quasi hostilité des organes judiciaires pour chercher et trouver la vérité, vu le danger que le document pourrait représenter pour la plupart des grands joueurs de la scène politique slovaque, il vaut mieux rester prudent, voire sceptique en ce qui concerne un changement radical du politique.

*Une redéfinition de la scène politique peu probable par le bas et encore moins par le haut

Ce scandale, bien qu'il soit pris en compte par la majorité des hommes politiques, bien qu'il soit devenu le thème de la campagne électorale, ne commence à susciter le mécontentement parmi la population que petit à petit. L'électorat a la capacité de se mobiliser et de changer de gouvernement d'une manière radicale, voire [tip:inattendue=Rappelons la victoire de la droite en 1998 contre le gouvernement autoritaire de Mečiar ou l'avènement du gouvernement socialiste de Fico en 2006], mais il lui faut une impulsion, un objet du mécontentement, autrement dit un gouvernement en place considéré comme mauvais. Au contraire, l'affaire Gorila, recouvre des faits choquants, mais assez anciens et ayant déjà perdu un pouvoir éventuel de renouveler les élites, d'apporter le changement. Dans l'état actuel des choses, étant à un mois avant les élections législatives anticipées, il s'avère difficile de croire à ce que Gorila puisse renvoyer l'élite politique d'aujourd'hui : presque tous les hommes politiques et les partis touchés par le scandale se présentent aux élections, les nouveaux petits partis réclamant le changement n'ont pas une réelle possibilité de redessiner la scène politique. La pression de la population est assez faible, les quelques initiatives organisées sur les réseaux sociaux, surtout par les jeunes, ne peuvent pas beaucoup aider, même s'il ne faut pas négliger ce genre de la mobilisation, (ayons en tête le Printemps arabe). Cependant la majorité qui vit dans les régions plus pauvres s'intéresse très peu à la politique. Parmi les partis qui ne sont pas touchés par le scandale et qui possèdent une importance politique, seule la SaS (les libéraux) pourrait faire [tip:pression=Un document compromettant, mais non authentifié sur le leader du parti Richard Sulík est paru sur Internet très récemment], mais ce parti s'est discrédité par son attitude envers le FESF, ce qui est à l'origine de la chute du gouvernement de Mme Radičová.

*Des perspectives douteuses

[tip:Le 10 mars prochain=La date des élections législatives anticipées] montrera donc si et dans quelle mesure les Slovaques voudront changer leur leaders et les remplacer. La difficulté réside dans le fait que le choix aurait dû se faire non plus entre les partis selon une division traditionnelle, mais au sein des partis mêmes.

Si un renouvellement complet devait avoir lieu, la question du futur leadership deviendrait très inquiétante. Justement aujourd'hui, en pleine crise, la recherche d'un nouveau héros comparable à de Gaulle peut s'avérer très problématique. Ceci ne veut pas dire que la meilleure possibilité serait de ne rien changer : au contraire, il est absolument nécessaire de résoudre cette affaire. Mais en même temps, il faut aussi se méfier des solutions trop rapides et irréfléchies : au lieu d'un sauveur ressemblant à de Gaulle, on aurait pu s'attendre plutôt à un type autoritaire.

Gorila, une bombe à retardement sur la scène politique slovaque

Barbora Bodnarova | 2013. Janvier 25. 14:19

En dehors de l'enlèvement du fils du président Michal Kováč, Gorila constitue le plus grand scandale depuis 1989. Gorila est un monstre qui s'est réveillé et qui ne laissera pas la scène politique slovaque intacte. Elle entraînera sa transformation profonde, où les plus grands partis compromis par cet écrit passeront devant la justice, tout en cédant la place aux nouvelles forces politiques.

Si avant ce Noël les observateurs croyaient que les élections parlementaires de mars 2012 seraient dominées par le sujet de l'Union Européenne et la question de la participation de la Slovaquie aux mécanismes de sauvetage des pays en mauvaise [tip:situation financière=C'est en effet sur la question des modalités de la participation de la Slovaquie au FESF qu'a émergé une discension insurmontable au sein du gouvernement. Ainsi, un parti de coalition s’étant abstenu au vote pour la participation pleine au FESF qui été joint au vote de confiance au gouvernement a entraîné la chute du gouvernement], aujourd'hui il paraît clair que toute l'attention sera concentrée sur Gorila. En effet, Gorila est le pseudonyme d'une mission de [tip:SIS=Slovenská Informačná Služba - Service de l'Information Slovaque, un homologue de la CIA] dont une fiche de synthèse est apparue sur Internet. Cet écrit témoigne d'une coopération entre les plus grands partis politiques et les groupes financiers lors des privatisations des années 2000, qui se seraient ainsi partagé le pays comme un gâteau. Une fois son authenticité admise même par les plus hautes responsables, Gorila devient un animal incontrôlable bouleversant la vie politique slovaque.

*L'incontestabilité de l'authenticité de l'écrit

Jusqu’à présent, l'ensemble des partis cités dans l'écrit a catégoriquement refusé de reconnaitre sa véracité, en le qualifiant de contrefaçon destinée à les discréditer. La forme de l'écrit, qui contient un grande nombre d’abréviations et simplifications, semble être en leur faveur. De plus, y figurent parfois des noms altérés ainsi que des informations sur des plans non réalisés. Néanmoins, ces limites ne prouveraient-elles justement pas l'authenticité de l'écrit ? Pourquoi quelqu’un aurait-il produit un faux comportant de telles erreurs ?

Le 19 Janvier, Daniel Lipšic, Ministre de l'Intérieur a confirmé l’existence de la mission Gorila de SIS ainsi que les rapports écrits contenant des informations sur des cas de corruption. La façon désespérée dont [tip:M. Dzurinda=Mikulas Dzurinda est le fondateur et le président de SDKÚ, le deuxième parti du pays créé en 2000. A l'ère de Gorila, ce dernier était le Premier ministre du pays et il parlé des personnes citées dans l'écrit] a réagi : « Lipšic est devenu fou ! » ne fait éliminer les doutes sur l'authenticité de Gorila. Gorila s'impose avec les informations terribles qu'elle contient, comme une nuée noire couvrant le ciel. De même, elle ne partira qu'après une tempête.

*L’inévitable purification de la démocratie slovaque

Gorila a révélé les liaisons dangereuses entre le milieu politique et financier, et cela dans une dimension terrifiante. En effet, l'écrit publié sur Internet mentionne des courtages souvent supérieurs à un million d'euros transmis aux partis politiques obéissant aux intérêts du groupe financier Penta. De plus, cette affaire discrédite des partis tels que SMER, SDKÚ, KDH ou SMK, qui ensemble représentent environ deux tiers de [tip:la scène politique slovaque=l'ensemble des voix que les quatres partis ont receuilli aux élections parlementaires de 2010 s'elève à 63,06% ; 70% des sièges au Parlement sont détenus par SMER, KDH et SDKÚ. SMK n'est pas au Parlement faute d'avoir dépassé le seuil de représentativité]; parmi les noms des personnes concernées figurent non seulement celui de M. Dzurinda, mais aussi celui de I. Mikloš, le ministre des finances de l'époque ainsi que celui de R. Fico, qui est a succédé M. Dzurinda au poste du Premier ministre. Un scandale d’une telle ampleur ne peut donc pas rester sans conséquences, surtout quand une preuve accusatrice existe et est connue publiquement.

Gorila est à ce jour l'un des sujets les plus discutés dans les médias. En outre, un large mouvement populaire d’un grand potentiel de croissance, exigeant un déplacement des élections jusqu'à ce que les investigations de l'affaire Gorila ne soient terminées, est en train de se constituer. Le 26 janvier s'est déroulée leur première manifestation revendiquant la condamnation des coupables des crimes révélés par Gorila.

La Slovaquie se prépare donc à une croisade contre la classe politique tachée par la corruption héritée de l'ancien régime. Naturellement, les électeurs feront disparaître les visages liés à l'ère de Gorila de la scène politique, cédant la place à de nouvelles élites.

*Une chance pour les nouveaux partis politiques

Ce scénario s'est réalisé en 1992 sous le nom « Opération Mains propres » en Italie, où les partis historiques ont du jour au lendemain disparu et où la scène politique a été révolutionnée à tel point que certains parlent du passage à une Seconde République. Plus récemment et plus à l'est, suite aux investigations de l'affaire de Rywin, qui a prouvé la corruption de [tip:SLD=SLD est un parti polonais de gauche qui juste avant l'éclatement de l'affaire Rywin concentrait environ 42 % des voix], cette dernière a mise en marge du monde politique polonais. Ceci a permis aux petits partis, tels que la Plate-forme civique et Droit et justice de s'épanouir tout en introduisant de nouvelles mœurs dans la politique.

Malgré son jeune âge, la République slovaque a déjà montré sa capacité à se mobiliser ainsi que son attachement aux valeurs de véritables démocraties libérales. ainsi en 1998, les Slovaques ont tourné le dos à Mečiar, qui a commencé à former un régime d’autoritaire et isolationniste : le soutien à l'opposition a permis de le renverser.

La scène politique slovaque offre aujourd'hui un large choix - le nombre des partis inscrits aux élections de ce mars est le plus grand depuis la naissance de Slovaquie. Sas, le partis crée en 2009, a grâce à son expérience du gouvernement de Radičová un grand potentiel pour les prochaines élections, si elles se tiennent ce mars ou sont reportées à plus tard. D'autres vainqueurs devraient être [tip:les petits partis=les petits partis sont ici définis comme les partis dont le score dans les sondages ne dépasse pas en général le seuil de représentativité (5 %). Une large majorité d’entre eux est localement très solidement implantée et nourri sa campagne du discours concentré contre les partis compromis par Gorila].

Dans un environnement autant marqué par ce scandale, il va de soi que les votes seront majoritairement apolitiques et moralisateurs. C'est ce dont témoigne l'action de protestation du mouvement Génération 89, dont les membres ont le 23 janvier peint en blanc un nombre considérable des affiches des partis politiques discrédités par Gorila, tout en se référant aux idéaux de la liberté et de la démocratie, au nom desquels la Révolution de velours a cherché à mettre fin à un régime corrompu par son propre pouvoir.

A ce jour il n'est pas possible de prévoir l'efficacité des investigations menées par la police. Cependant, il va de soi que si la police ne punit pas les coupables, les citoyens n’y manqueront pas pendant les élections. La Slovaquie ne peut plus échapper à sa renaissance politique, qui aura lieu dans un futur proche.

Cet article m'a convaincu.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

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