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Faut-il dialoguer avec l'extrême droite?

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Objet de l’attention lors de chaque échéance électorale, les partis extrêmes et plus particulièrement d’extrême-droite rythment aujourd’hui le jeu politique. Les hommes politiques autant que les médias et les citoyens ne savent plus aujourd’hui quelle position adopter face aux extrêmes, entre dialogue et dénonciation.
Source: Flickr

Le dialogue pour sauver la démocratie

Clara Marchaud | 2016. Février 14. 11:35

Marine Le Pen, présidente du parti nationaliste le Front national ou encore Donald Trump, candidat aux primaires républicaines, sont des noms sur toutes les lèvres à l’approche des présidentielles françaises et américaines. La peur de l’arrivée au pouvoir des partis extrémistes (notamment d’extrême droite) cristallise aujourd’hui tous les débats et notre réaction de rejet absolu face à ceux-ci semble être à la fois inappropriée et inefficace.

L’emballement autour des partis extrêmes est non seulement le symptôme d’une crise de défiance du politique mais aussi de la démocratie elle même.

*Pour un débat plus démocratique

Souvent qualifiés d’anti-démocratiques, ils ne sont pas une contradiction avec le concept même de démocratie mais sont révélateurs des imperfections de celle-ci. Aujourd’hui, refuser le dialogue avec les extrêmes, c’est mettre au ban de la vie politique une partie de la population et nier le droit à la liberté d’expression. La montée des extrêmes est plutôt un symptôme qu’une cause de la crise politique actuelle. Si ces partis d’extrême-droite sont une menace pour la démocratie comme le montre actuellement l’expérience de PiS en Pologne ou de Fidesz en Hongrie, seul le débat peut permettre de sauver les valeurs démocratiques. Il faut aujourd’hui écouter le vote contestataire et prendre celui-ci pour une opportunité de repenser et d’améliorer la démocratie qui semble actuellement à bout de souffle.

*Repenser notre rapport à ces partis

Il y a quelques mois, le Front National faisait une arrivée fracassante au sein des associations de Sciences Po Paris, voie royale de la classe politique française. Révélatrice de l’ampleur que prend le parti dans le paysage politique français, cette entrée a provoqué une condamnation immédiate et générale des étudiants de l’école et de la classe politique française notamment issue des partis modérés. Cette réaction de rejet illustre la déconnection des élites politiques avec l’ensemble du peuple.
Une remise en cause de notre rapport aux extrêmes est aujourd’hui plus que nécessaire.
La dénonciation perpétuelle et irraisonnée des extrêmes comme celle à laquelle s’adonne la classe politique placent ces partis dans le rôle de victime. Ceux-ci, souvent nationalistes jouent sur la dynamique de l’exclusion par les autres partis et se placent comme seuls défenseurs des valeurs du pays, autant en France, qu’en Allemagne ou aux Etats-Unis.

*Contrer les extrêmes seulement par le dialogue

Les partis extrêmes ou « antisystème » jouent sur l’ignorance et le désespoir de leurs électeurs. Leurs discours, souvent appuyés sur une rhétorique anti-immigration, sont seulement révélateur d’un programme bancal et inapplicable comme en témoignent les propositions du candidat républicain de création aux frais du Mexique d’un mur entre les Etats-Unis et celui-ci. La vision nationaliste et protectionniste des partis d’extrême-droite est aujourd’hui dépassée dans le contexte de la mondialisation. Ce paradoxe, présent dans l’essence même des idées d’extrême-droite, est notre meilleure arme pour les vaincre. Mieux contrer les arguments de ces partis n’est possible que si nous nous libérons de nos préjugés qui nous empêchent de les comprendre. Lutter contre l’extrémisme n’est donc possible que par le dialogue.

Une remise en cause de nos valeurs

Rachel York | 2016. Février 14. 11:41

Les valeurs de nos sociétés démocrates libérales semblent très faibles aujourd’hui face à la menace de l’extrême droite politique, et le dialogue avec ces partis ne fait que renforcer cette faiblesse.

Avec les résultats des élections régionales en France en décembre 2015, le nouveau gouvernement d’extrême droite en Pologne, ou encore les élections présidentielles cette année aux Etats-Unis, le même phénomène est visible partout : la croissance de l’influence de forces très conservatrices, que ce soit le Front National, PiS, ou Donald Trump. Ces partis et hommes politiques sont antidémocrates et leurs programmes sont absurdes, à l’image de la proposition de Donald Trump de forcer le Mexique à construire un mur à sa frontière avec les Etats-Unis pour protéger ces derniers des immigrés mexicains. Le succès de ces hommes politiques et partis xénophobes, racistes, et antimodernes menacent les valeurs de la démocratie libérale ; c’est pourquoi il faut se débarrasser d’eux et non pas contribuer à leur expansion.

*Contre la légitimation de l’extrême-droite

Les hommes politiques et les partis d’extrême droite ont le droit de dire tout ce qu’ils veulent; c’est une des défis de la liberté d’expression, une des valeurs les plus importantes de la démocratie libérale. Cependant, le dialogue avec l’extrême-droite leur donne une plateforme pour promouvoir leurs idées. Par exemple, l’entrée du FN à Sciences Po cette année, « montre qu’il existe un soutien pour le Front national » selon un article du Monde. Au lieu de permettre la déconstruction de leurs idées absurdes, c’est une légitimation que procure ce crédit que nous leurs accordons. C’est ce dialogue inutile avec l’extrême droite qui a permis à Hitler devenir chancelier en 1933. On ne peut accepter les idées de l’extrême-droite et accepter le dialogue serait augmenter la prolifération de ce mal qui mine déjà nos sociétés.

*Pour le renforcement des partis du centre

Pour cesser la montée de l’extrême droite, il ne faut pas seulement dénoncer ses idées ; il faut aussi un renforcement des partis modérés, de droite comme de gauche. Quand les partis de centre-gauche et de centre-droit font face à leur échec, la société se divise. Quand les gouvernants ne gèrent pas les problèmes clivants ou les gèrent mal, comme le flux des migrants, la guerre en Syrie ou la crise économique, le déséquilibre s’installe qui laisse une plateforme, un haut-parleur aux extrémistes réactionnaires. C’est à cause de la faiblesse présumée des gouvernements et partis du centre aujourd’hui que les gens désespérés se tournent vers une autre alternative qui leur semble plus viable ; voilà l’électorat principal de l’extrême droite. Dans un atmosphère politique comme celle d’aujourd’hui, où les idées de l’extrême droite semblent légitimes et raisonnables comparées à celles du centre, il faut bannir ce dialogue de sourds avec eux et commencer à chercher de véritables alternatives modérées.

Cet article m'a convaincu.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

Cet article m'a convaincu.

Cet article présente intentionnellement un seul parmi les différents points de vue existant sur cet enjeu. Son contenu ne reflète pas nécessairement l'opinion personnelle de l'auteur. Je vous invite à prendre connaissance de la philisophie de Duel Amical.

L'état du vote

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Le dialogue pour sauver la démocratie

Clara Marchaud

Une remise en cause de nos valeurs

Rachel York

3 Commentaire

Xiep
2016. 03. 21. 14:10
Une partie de la gauche refuse de dialoguer avec "l'extrême droite" car elle déteste le dialogue. Une grosse part de la gauche est génétiquement totalitaire, ayant tour à tour soutenu Staline, Mao, Polpot et rêvant d'exterminer tout ce qui est différent d'elle.
Clara Marchaud
2016. 02. 16. 21:45
Bonjour, Le terme même d'extrême droite, comme n'importe quelle catégorie de l'échiquier politique est difficile à définir et encore plus en faisant une comparaison entre plusieurs pays. La question plus large est de savoir s'il existe une idéologie d'extrême-droite. En tout cas, si le Fidesz n'est pas un parti d'extrême-droite, il reste en tout cas un parti anti-libéral ("illibéral selon Orban lui-même) et hostile à la démocratie de part ses choix constitutionnels (par rapport aux critères classiques de la démocratie).
Observateur politique
2016. 02. 15. 20:17
Je suis d'accord avec le premier article. Mais une précision s'impose: le Fidesz n'est pas un parti d’extrême droite. C'est une confusion qu'on fait trop souvent dans la presse européenne. Fidesz est un parti de centre-droite au gouvernement en Hongrie. Le Jobbik, parti d’extrême droite par excellence se trouve dans l'opposition.

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